Cette nuit là restera longtemps gravée...un froid sec et glacial me transperçait la peau, la croix du sud accompagnée de la splendide voix lactée si bien visible dans l'hémisphère nord au mois d'août surveillait le bon accueil réservé au dieu soleil quelques heures plus tard, une fumée envahissante mélangée à des arômes d'orange dont les peaux brûlaient dans l'embrasement du tas de bois, et une ambiance conviviale de chants et musiques traditionnels andins résument à eux seuls le contexte de la soirée. Une cérémonie avec la pachamama, vocabulaire indispensable lorsque l'on voyage dans les pays andins, il s'agit de la Terre Mère, elle est vénérée car c'est elle qui nous fait vivre; et on oublie trop souvent que sans la Terre il n'y aurait effectivement pas de vie; on ne mange pas encore le pétrole il me semble, même si celui est utile à notre asservissement d'Etre consommateur. Une femme a été sacrée fille de la Pachamama, cérémonie qui pourrait faire penser au baptême chrétien, sauf qu'au lieu de lui mettre de l'eau sur la tête, elle a reçu des cotillons et un drap blanc. C'était l'apogée de la soirée, nous étions là à Huacalera, petit pueblo d'une centaine d'habitants à 3h de Jujuy; il ne s'agit en aucun cas des mondanités de Cuzco lors de cette fameuse fête. C'est le solstice d'hiver, la nuit la plus longue et là où le soleil est au zénith le 21 à midi, c'est à dire que son axe de rayonnement se trouve à la verticale par rapport au sol terrestre. Une tentative de sommeil sous une fine toile de tente par une température comprise entre -5 et 5 degrés avec pour unique protection mes vêtements et une mini couverture. Heureusement que j'étais accompagnée, et en cas de froid extrême, tu te colles à nimporte qui, c'est l'unique manière de se réchauffer. J'ai bien dis tentative car 1h de sommeil a dê être effective, mais vers 5h du matin, je dirais que c'est déjà plus dur d'essayer car le froid se fait plus dur. Les pieds gelés, une vessie explosée toutes les heures (miss pipi au taquet), de mauvaises positions qui font que tu as plus chaud mais que tu es mal installé; qui dit couverture fine dit aussi matelas fin... Alors de temps en temps, je me levais me réchauffer près du feu qui était pourtant à 5m de la tente, écoutais chanter les courageux qui sont restés debout toute la nuit durant en se motivant par des chants andins et les chants des cholitas...(j'essairai d'en mettre un extrait sur le blog). J'avais tellement froid que je me suis dangereusement approchée du feu et ma basket (celles que tu m'as passé Gigi, héhé) a cramé sur le côté et qu'il y a également un gros trou (pas de cigarette mais je dirais comme un trou de cigare) sur mon jean...le seul potable que je pouvais mettre au travail. J'étais dans les vappes et n'ai pas réagi tout de suite, et les gens à côté non plus d'ailleurs! Vers 7h du matin, je me suis levée car ça ne servait plus à rien de vouloir essayer de dormir, une petite tasse d'api (comme de la chicha morada au pérou, et comme une boisson farineuse faite à base de farine de maïs je crois avec des fruits et de la gélatine; cela donne une pâte dans les tons rouge/violet), c'était très bienvenue et surtout ça réchauffait! un peu plus tard, une galette de maïs et des empanadas. Et là, une cérémonie en hommage à la Pachamama a commencé, "les maîtres spirituels" se sont installés devant les offrandes de la veille où se passait la cérémonie, et on a installé des morceaux de tissus représentant chacun une culture différente : inca, aymara et guarani. Sur celle de l'aymara était présent un foetus de lama, comme on en voit beaucoup dans les rues des sorcières de La Paz en Bolivie; c'est aussi là-bas que l'on peut trouver nimporte quel remède qui vous soignera de tous vos maux, jeter un sort à votre ennemi ou envoûter votre être aimé afin qu'il tombe amoureux de vous...reste à dépoussiérer les vieux flacons peut-être là depuis 20ans... Une dame qui dirigeait la cérémonie (celle qui avait préparé les galettes de maïs) me donna une offrande dans les mains à l'aide de ses 2 mains pour que j'aille déposer ce petit bout de plastique imitation faïence à côté du foetus de lama...d'autres suivaient pour que l'offrande soit complète. Je ne savais pas vraiment ce que je devais faire ni comment exactement; c'est un peu comme à l'église, je ne sais jamais à quel moment il faut se lever et s'asseoir. Les caméras étaient là pour interviewé et filmer la scène; attention, je risque prochainement de passer sur l'antenne locale de la ville de Palpala, non loin de là... Nous avons tous attendu que le soleil veuille bien dégner se lever et surtout sortir de derrière la montagne ...jusqu'à 9h 15 du matin nous avons eu froid, et lorsqu'enfin il est apparu, les gens criaient le mot "joie" commun aux 3 langues : quechua, aymara et guarani, tout en dirigeant leurs bras et leurs mains vers le soleil en se cachant les yeux pour éviter d'être éblouis.
J e garde également le souvenir d'une très sympathique rencontre avec Pehl (prononcer pouèl), argentin de 40ans originaire de la province du Chubut en Patagonie et guarani, par définition habitué au froid, très intéressant, qui émane la tranquilité, belle âme, de bons délires, une personne avec qui je me suis sentie bien. Normalement il faut attendre midi pour constater l'absence d'ombre au sol...c'est surement une expérience plus qu'originale mais nous avons décidé de repartir sur San Salvador de Jujuy pour vite aller faire un gros dodo dans des draps douillets! mais avant ça, 2 bonnes heures de bus dont la première partie sous une chaleur incroyable mais tellement agréable, pour ensuite arriver sous les nuages et la pluie...depuis, les nuages n'ont pas décollé, et le problème ici lorsque le soleil ne se montre pas, les températures sont vraiment froides, je fais de la fumée en respirant dans ma chambre...il fait 45 degrés dans le désert marocain nous dit Juliette, il doit faire 12 degrés dans ma chambre... |